L’exequatur en France des jugements rendus dans les Etats d’Amérique Latine

 

L’Argentine, le Brésil et l’Uruguay sont les trois Etats d’Amérique Latine ayant signé une convention de coopération ou d’entraide judiciaire avec la France en matière d’exequatur des jugements rendus dans leurs pays respectifs.

 

Ces trois conventions sont les suivantes :

 

-          Argentine : Convention de coopération judiciaire du 2 juillet 1991.

 

-          Brésil : Convention d'entraide judiciaire en matière civile du 28 mai 1996.

 

-          Uruguay : Convention d'entraide judiciaire en matière civile et commerciale du 16 septembre 1991.

 

L’exequatur des jugements émanant des autres Etats d’Amérique Latine est soumis aux conditions de droit commun posées par la jurisprudence de la Cour de cassation française dans son arrêt Cornelissen.

 

Argentine

 

Les jugements rendus par les juridictions argentines doivent satisfaire sept conditions afin d’être revêtus de l’exequatur en France : 1. La décision émane d'une juridiction internationalement compétente selon le droit de l'Etat requis ; 2. La décision est passée en force de chose jugée dans l'Etat d'origine et est susceptible d'exécution; toutefois, en matière d'obligations alimentaires, de droit de garde d'un mineur ou de droit de visite, la décision peut être simplement exécutoire dans l'Etat d'origine ; 3. Les Parties ont été régulièrement citées à comparaître, représentées ou, si elles ont été déclarées défaillantes, l'acte introductif d'instance leur a été notifié régulièrement et en temps utile pour qu'elles puissent se défendre ; 4. La décision ne contient rien de contraire à l'ordre public de l'Etat requis ; 5. Un litige entre les mêmes Parties, fondé sur les mêmes faits et ayant le même objet que dans l'Etat d'origine, n'a pas donné lieu à une décision rendue par les autorités judiciaires de l'Etat requis à une date antérieure à celle de la décision présentée à l'exequatur ; 6. Un litige entre les mêmes Parties, fondé sur les mêmes faits et ayant le même objet que dans l'Etat d'origine, ne fait pas l'objet d'une procédure devant les autorités judiciaires de l'Etat requis saisies antérieurement à l'introduction de l'action qui a conduit à la décision dont l'exequatur est demandé ; 7. Un litige entre les mêmes Parties, fondé sur les mêmes faits et ayant le même objet que dans l'Etat d'origine, n'a pas donné lieu à une décision rendue dans un Etat tiers à une date antérieure à celle de la décision présentée à l'exequatur et réunissant les conditions nécessaires à sa reconnaissance dans l'Etat requis.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Textes applicables

 

Convention de coopération judiciaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République argentine du 2 juillet 1991.

 

Loi n° 92-427 du 9 mai 1992 autorisant l'approbation de la convention de coopération judiciaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République argentine.

 

Décret n° 92-1213 du 12 novembre 1992 portant publication de la convention de coopération judiciaire entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République argentine, signée à Paris le 2 juillet 1991.

 

Jurisprudence

Par un arrêt du 8 février 2005, la Cour de cassation a constaté l’exequatur d’un jugement du Tribunal de commerce de Buenos Aires ouvrant une procédure de redressement judiciaire à l'égard de la société Aerolineas Argentinas.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            

Brésil

 

Les jugements rendus par les juridictions brésiliennes doivent satisfaire six conditions afin d’être revêtus de l’exequatur en France : 1. La décision émane d'une juridiction compétente, selon la loi de l'Etat requis ; 2. La loi appliquée au litige est celle désignée par les règles de conflit de lois admises sur le territoire de l'Etat requis ; toutefois, la loi appliquée peut être différente de la loi désignée par les règles de conflit de l'Etat requis si l'application de l'une ou l'autre loi conduit au même résultat ; 3. La décision est passée en force de chose jugée et est exécutoire ; toutefois, en matière d'obligations alimentaires, de droit de garde d'un mineur ou de droit de visite, il n'est pas nécessaire que la décision soit passée en force de chose jugée mais elle doit être exécutoire ; 4. Les parties ont été régulièrement citées ou déclarées défaillantes ; 5. La décision ne contient rien de contraire à l'ordre public de l'Etat requis ; 6. Un litige entre les mêmes parties, fondé sur les mêmes faits et ayant le même objet que sur le territoire de l'Etat où la décision a été rendue : i) N'est pas pendant devant un tribunal de l'Etat requis premier saisi, ou ii) N'a pas donné lieu à une décision rendue sur le territoire de l'Etat requis à une date antérieure à celle de la décision présentée à l'exequatur, ou iii) N'a pas donné lieu à une décision rendue dans un Etat tiers à une date antérieure à celle de la décision présentée à l'exequatur et réunissant les conditions nécessaires à sa reconnaissance sur le territoire de l'Etat requis. Toutefois, lorsqu'il s'agit d'une décision relative à la garde d'un mineur, ces trois causes de refus prévues à ne peuvent s'appliquer que s'il s'est écoulé un délai d'un an entre le départ du mineur de l'Etat d'origine sur le territoire duquel il avait sa résidence habituelle et la date d'introduction de la procédure d'exequatur de l'Etat requis.                                                                                                                                                    

 

Textes applicables

 

Convention d'entraide judiciaire en matière civile entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République fédérative du Brésil du 28 mai 1996.

 

Loi n° 99-979 du 1er décembre 1999 autorisant l'approbation de la convention d'entraide judiciaire en matière civile entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République fédérative du Brésil, signée à Paris le 28 mai 1996.

 

Décret n° 2000-940 du 18 septembre 2000 portant publication de la convention d'entraide judiciaire en matière civile entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République fédérative du Brésil, signée à Paris le 28 mai 1996.

 

Jurisprudence

 

Un jugement dont une partie souhaite se prévaloir en France pour des actes d’exécution matérielle sur les biens ou de coercition sur les personnes doit être revêtu de l’exequatur, tel que cela résulte de la jurisprudence constante de la Cour de cassation.

 

Concernant l’état et la capacité des personnes, le principe demeure toutefois que les jugements rendus en ces matières bénéficient en France de l’effet de plein droit.

 

La Cour de cassation a appliqué ces principes, classiques, dans un arrêt rendu le 4 juin 2007 et décidé que le jugement brésilien confiant la garde d’un enfant à la mère et accordant au père un droit de visite et d'hébergement au Brésil a un effet de plein droit en France.

 

 

Uruguay

 

Les jugements rendus par les juridictions uruguayennes doivent satisfaire sept conditions afin d’être revêtus de l’exequatur en France : 1. La décision émane d'une juridiction internationalement compétente selon le droit de l'Etat requis ; 2. La décision ne peut plus faire l'objet d'un recours ordinaire dans l'Etat d'origine et est exécutoire ; toutefois, en matière d'obligations alimentaires, de droit de garde d'un mineur ou de droit de visite, la décision peut être simplement exécutoire dans l'Etat d'origine ; 3. Les Parties ont été régulièrement citées, représentées ou déclarées défaillantes ; 4. La décision n'est pas manifestement contraire à l'ordre public de l'Etat requis ; 5. Un litige entre les mêmes Parties, fondé sur les mêmes faits et ayant le même objet que dans l'Etat d'origine : (i) n'est pas pendant devant un tribunal de l'Etat requis premier saisi, ou (ii) n'a pas donné lieu à une décision rendue sur le territoire de l'Etat requis à une date antérieure à celle de la décision présentée à l'exequatur, ou (iii) n'a pas donné lieu à une décision rendue dans un Etat tiers à une date antérieure à celle de la décision présentée à l'exequatur et réunissant les conditions nécessaires à sa reconnaissance dans l'Etat requis. Toutefois, lorsqu'il s'agit d'une décision relative à la garde d'un mineur, les trois causes de refus qui précèdent ne peuvent s'appliquer que s'il s'est écoulé un délai de huit mois entre le départ du mineur de l'Etat sur le territoire duquel il avait sa résidence habituelle et la date d'introduction de la procédure d'exequatur dans l'Etat requis.

 

Textes applicables

 

Convention d'entraide judiciaire en matière civile et commerciale entre la République française et la république orientale de l'Uruguay du 16 septembre 1991.

 

Loi n° 92-1314 du 18 décembre 1992 autorisant l'approbation de la Convention d'entraide judiciaire en matière civile et commerciale entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République orientale de l'Uruguay.

 

Décret n° 99-663 du 28 juillet 1999 portant publication de la Convention d'entraide judiciaire en matière civile et commerciale entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République orientale de l'Uruguay (ensemble une annexe), signée à Montevideo le 16 septembre 1991.

 

 

Guatemala

 

Les conditions de l’exequatur des jugements rendus au Guatemala sont, en l’absence de convention bilatérale entre ce pays et la France, les conditions de droit commun posées par l’arrêt Cornelissen.

 

Cour d’appel de Paris, 2 mars 2006. La Cour d’appel de Paris décide que l'acte authentique d'adoption régulièrement prononcé au Guatemala produit en France les effets de l'adoption plénière.